Comment Webedia est devenu n°1 du divertissement en France ?

Comment Webedia est devenu n°1 du divertissement en France ?

Créé fin 2007, Webedia fait aujourd'hui partie des poids lourds des médias numériques en France. Ses marques les plus connues s’appellent Allociné ou jeux-video.com. Son patron et fondateur, Cédric Siré, est revenu avec nous sur cette belle réussite entrepreneuriale.

Comment a démarré l’aventure Webedia ?

Cédric Siré : C’est parti d’une idée toute bête. Il y a un peu plus de dix ans, un copain a eu l’intuition de comparer les audiences de la presse écrite avec celles d’Internet et on est tombés sur des choses très intéressantes. On a remarqué que certaines catégories comme les actualités people manquaient de visibilité sur la Toile. En presse, ça représentait environ 15 millions de lecteurs par semaine, alors que le premier site people faisait 300 000 visiteurs uniques par mois seulement à l’époque. On a flairé l’opportunité, et c’est comme ça qu’on a lancé notre premier site, PurePeople, en décembre 2007. On a commencé par là parce que c’était le plus évident, puis on est allés sur la mode, le shopping, les médias… C’est comme ça que tout a commencé.

C’est cette découverte qui vous a poussé à créer une entreprise de médias ?

CS : Depuis toujours, je caressais le rêve de monter mon entreprise. C’est presque héréditaire, car je viens d’une famille où l’on n’est pas salariés. Certains sont agriculteurs, d’autres médecins ou commerçants… Personnellement, je ne voulais pas exercer une profession libérale, car j’aimais trop travailler avec des gens, donc j’ai décidé de créer mon petit business. Et cette idée ne m’a jamais quitté. À ma sortie de HEC, en 1998, je n’étais pas encore prêt, il me restait beaucoup de choses à apprendre, notamment en vente et en management. C’est pour ça que j’ai mis près de dix ans à me lancer, avec la création de Webedia.

Le côté médias, ce n’est pas par passion ?

CS : Non, c’est de l’opportunité pure. J’avais déjà un peu baigné dans ces métiers-là en travaillant dans le marketing et la communication chez Pernod Ricard, puis dans une filiale de La Poste qui s’appelle Médiapost et enfin chez Capgemini. J’avais quand même des affinités avec ce milieu, mais j’aurais pu me lancer sur un tout autre secteur.

"Nous sommes en train de devenir une 'entertainment company'" - Cédric Siré

Au sein de l’entreprise, il y a l’activité éditoriale, mais il y a aussi des joueurs professionnels de jeux vidéo, des Youtubeurs… C’est quoi le concept de Webedia ?

CS : Nous sommes en train de devenir une "entertainment company", une entreprise qui aborde le divertissement avec différents savoir-faire. Le premier, c’est notre capacité à agréger des communautés, les plus grosses possibles, que ce soit les passionnés de cinéma, de jeux vidéo, les fans de Cyprien ou de Norman… On le fait soit à travers des contenus, des services, des influenceurs.

Notre deuxième métier, c’est de monétiser ces communautés en suivant plusieurs modèles. On le fait par la pub, mais on essaie aussi de construire des produits culturels qui vont être appréciés par ces communautés, que ce soit des jeux vidéo, des films, des séries.

Enfin notre troisième activité, c’est de vendre à ces communautés de fans des objets qui leur permettent de vivre leurs passions, et c’est ce qu’on fait avec la partie e-commerce. Pour résumer, Webedia est une entreprise de divertissement qui construit des communautés et qui essaie de les monétiser à travers trois leviers : la pub, l’e-commerce et la production.

Quelles sont les locomotives de la société ?

CS : L’activité média reste la plus importante, avec un peu plus de 50% de notre activité. Mais en termes de croissance, nos locomotives sont les métiers de la data et du programmatique, le marketing de l’influence et tout ce qui tourne autour de l’e-sport, parce que c’est un mouvement très puissant dans l’univers du divertissement.

Quelles ont été les étapes clés dans le développement de Webedia ?

CS : J’en compte trois. La première, c’est quand on est passés de la création d’un site people à un groupe de médias. C’était en 2009-2010, quand on a levé de l’argent et qu’on est devenus une entreprise structurée.

La deuxième étape, c’était en 2014, quand Fimalac est entrée dans le capital de l’entreprise comme actionnaire. Cela nous a donné les moyens de mener une politique d’acquisition pour passer d’une petite boutique à une grande entreprise, et pour passer d’un petit acteur français à un leader européen.

Le troisième grand mouvement, il se déroule maintenant, avec la transformation de Webedia qui passe d'une société de médias sur le web à un studio de production.

Quels ont été les principaux obstacles à surmonter lors de la création de l’entreprise ?

CS : Il y en a eu trois également. Le premier, c’est de faire face au marché de la pub qui est extrêmement cyclique, nous avons donc dû passer par des cycles bas, avec toutes les problématiques que cela représente pour une petite entreprise au niveau de la trésorerie, de la prise de risques. Webedia a failli faire faillite deux fois !

Le deuxième obstacle a été la difficulté à attirer les meilleurs éléments. Quand tu es petit et que tu te bats contre Google, Facebook et leurs salaires faramineux, donner envie à des personnes très qualifiées de rejoindre un projet plus modeste a été un challenge. On a réussi, mais il a fallu se battre pour montrer la valeur du projet Webedia.

Le troisième sujet compliqué dans notre univers, c’est la compétition des GAFA. Il faut trouver sa place là où ils sont moins présents et toujours raisonner en complémentarité par rapport à eux, en veillant à ne jamais être substituable.

"L'écosystème français est assez bien structuré pour aider les créateurs d’entreprise" - Cédric Siré 

De quels soutiens avez-vous bénéficié ?

CS : Je trouve que le système du capital-risque français est très bien fait, on n’a pas eu de problème pour lever des fonds. Nous avons été aidés par la BPI. J’ai trouvé un réseau d’entrepreneurs, ce qu’on appelle aujourd’hui la French Tech, qui a été d’un grand soutien. Contrairement à ce que tout le monde raconte, je n'ai pas trouvé cela compliqué de monter une entreprise en France, sur le plan administratif. C'était plutôt simple et rapide. Pour le coup, l’écosystème français est assez bien structuré pour aider les créateurs d’entreprise.

Pouvez-vous me donner une photographie de Webedia à l’heure actuelle ?

CS : Aujourd’hui, Webedia, c’est 2600 personnes. C’est un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, avec une croissance organique de plus de 40% par an. C’est 30 millions de visiteurs uniques par mois en France et à peu près 200 millions dans le monde. Nous avons 22 bureaux dans une quinzaine de pays et nous faisons 40% de notre chiffre d’affaires à l’international. On a construit ça en partant de rien, pour moitié avec de la croissance externe, et pour moitié avec de la croissance organique.

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En tant que patron d’entreprise, quelles sont vos missions au quotidien ?

CS : Comme tous les patrons, je passe 30% de mon temps sur des sujets ayant une dynamique client. J’essaie d’être très en contact avec notre marché, nos clients, leur satisfaction, l’évolution de leurs besoins… J'emploie également 30% de mon temps au pilotage de l'entreprise, ce qu’on appelle du management. Et il y a 30% de mon temps que je consacre à des sujets de développement, que ce soit des acquisitions, des créations de nouveaux projets. Enfin je gère des imprévus.

Depuis le rachat de Webedia par Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali participent à la direction de l’entreprise. Comment vous répartissez-vous les rôles ?

CS : Avec Marc, on travaille essentiellement sur la stratégie et sur les moyens nécessaires pour mener à bien nos objectifs. Et avec Véronique, on se partage la direction de l'entreprise.

Cédric Siré, Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali en grande discussion.
Cédric Siré, Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali en grande discussion.

Quelles sont les clés du succès de Webedia ?

CS : Il y en a encore trois. La première, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail. C’est une condition nécessaire mais non suffisante. La deuxième, ce sont les rencontres. Si je n’avais pas rencontré Marc et Véronique chez Fimalac, ni un certain nombre de managers qui m’ont aidé à monter tout ça, on ne serait jamais arrivé jusque-là. Et la troisième clé de notre succès, c’est la chance. Déjà, à son époque, Napoléon disait que pour gagner des batailles, il fallait être meilleur que le camp d’en face, mais aussi avoir de la chance. Eh bien les choses n’ont pas vraiment changé depuis.

"L’abnégation, c’est la qualité première de l’entrepreneur aujourd’hui" - Cédric Siré

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite monter son entreprise aujourd’hui ?

CS : Le premier conseil que je lui donnerais, c’est de monter son entreprise, parce que je trouve que c’est la meilleure manière d’apprendre et que ce n’est plus très risqué aujourd'hui. Ensuite, je lui conseillerais de s’armer de patience. La qualité première dans les premières années, avant la créativité, avant la capacité de management, avant tout le reste, c’est l’abnégation. C’est la qualité première de l’entrepreneur aujourd’hui.

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Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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