Short Édition : la technologie au service de la littérature

Short Édition : la technologie au service de la littérature

Créée en 2011 à Grenoble, Short Édition mise sur les formats courts pour redonner un nouveau souffle à la littérature. Grâce à ses distributeurs de petites histoires, l’entreprise a acquis une notoriété mondiale. Nous avons rencontré Isabelle Pleplé, associée fondatrice, qui nous a raconté cette belle aventure.

Comment a démarré l’histoire de Short Édition ?

Isabelle Pleplé : Tout est parti d’une aventure familiale. Nous sommes quatre associés fondateurs : mon frère Christophe Sibieude, mon fils Quentin Pleplé, Sylvia Tempesta et moi-même. Ce qui nous a poussé à créer Short Edition, c’est l’idée que les nouveaux modes de vie et la technologie pouvaient donner une nouvelle place à la littérature. On a donc voulu disrupter le milieu extrêmement conservateur de l’édition, qui n’aime pas le court, ni les avis populaires. On s’est dit qu’on pourrait utiliser les notions de communauté, de gratuité inhérentes à ces nouvelles technologies. On a voulu rendre la littérature accessible partout, tout le temps, tout en l’ouvrant au plus grand monde.

Le choix de proposer des textes courts, c’était pour combler un vide ou ça vient d’une appétence pour ce type de format ?

IP : Initialement, c’est parti d’une appétence pour le milieu de l’édition. Ce n’est qu’ensuite qu’on s’est dit qu’il fallait combler un manque propre à la France sur les formats littéraires courts. Dans le monde anglophone la "short story" est un genre, à tel point qu’on a eu un prix Nobel qui ne faisait que de ça (Alice Munro, ndlr). En France, on entend facilement dire que les gens écrivent du court car ils n’ont pas du long dans les jambes. Alors qu'en réalité, c'est faux.

Pouvez-vous résumer le concept de Short Edition ?

IP : On est un éditeur propulseur de littérature courte. On veut que chacun puisse lire gratuitement, à tout moment. Mais ce n’est pas tout, on souhaite aussi offrir la possibilité aux marques et aux institutions d’utiliser la littérature courte pour enrichir le lien affectif avec leurs communautés, que ce soit avec leurs clients ou avec leurs collaborateurs.

Quel type de littérature proposez-vous ?

IP : La promesse de Short Edition, c’est de proposer des histoires à lire d’un seul trait, en 20 minutes maximum. Il ne s’agit pas d’extraits, d’essais, de réflexions ou d’actualités, c’est uniquement de la fiction. Sur notre plate-forme, on trouve plus de 100 000 œuvres, dont 8 000 textes classiques, des petites BD, ou encore des textes pour la jeunesse, avec un site spécifique pour les 8-12 ans.

Comment peut-on accéder à vos contenus ?

IP : Sur notre site Internet, ou à partir d’une application mobile qu’on a voulu la plus ergonomique possible, car nous sommes très concernés par le confort de lecture. Via nos partenaires, vous les trouvez aussi dans des livres, des journaux, des tablettes... Mais surtout, pour les textes qui n’excèdent pas cinq minutes de lecture, il y a nos distributeurs d’histoires courtes.

Trois temps de lectures sont proposés sur les distributeurs d'histoires courtes imaginés par Short Edition : 1, 3 et 5 minutes.
Trois temps de lectures sont proposés sur les distributeurs d'histoires courtes imaginés par Short Edition : 1, 3 et 5 minutes.

Comment sont nées ces bornes ?

IP : L’idée nous est venue à la cafétéria, devant un distributeur. On s’est dit qu’il pourrait y avoir de la littérature dans ce genre de machine, ce qui nous a amené à créer un prototype. On a fait une démonstration au maire de Grenoble, Éric Piolle, qui a tout de suite proposé de nous soutenir. C’est notamment grâce à lui, et à la région Rhône-Alpes, qu’on a pu financer la création des bornes. On en a installé huit à Grenoble, et ça a déclenché un buzz immédiat. Pour la première fois, l’AFP nous a appelé en nous demandant un communiqué de presse (rires).

 

Qui d’autre vous a soutenu eu début de l’aventure ?

IP : Le réseau Entreprendre nous a bien aidé. Leur concept est intéressant, car il propose de mettre les nouveaux entrepreneurs en relation avec des dirigeants d’entreprises faisant écho à leur projet. Sinon, il y a Butagaz. Ils nous hébergent dans leur siège à Levallois-Perret, car on fait partie de Zagatub, leur programme d’accélération de start-up.

Vous avez aussi un parrain de renom en la personne de Francis Ford Coppola ! Comment vous êtes-vous rencontrés ?

IP : Suite au buzz généré par la sortie des distributeurs, Coppola a vu passer une news parlant de Short Edition. Il nous a écrit car il voulait une borne, donc on a sollicité une rencontre avec lui. Il a tout de suite accepté, et il est donc venu dans notre bureau pour tester notre machine. Il a passé deux heures avec nous et il a trouvé le concept génial. Il a fini par commander une borne pour son café, à San Francisco, et deux autres pour ses propriétés vinicoles de la Napa Valley. Il nous a aussi autorisé à utiliser son image pour communiquer, ce qui nous a beaucoup servi. On a pu mettre en scène notre rencontre, filmer une interview d’une heure... ça a généré énormément de retours. Il faut savoir qu’il est très investi dans notre domaine, car il a créé une revue de référence consacrée aux "short stories". C’était juste après le succès du "Parrain", et ça s’appelle "Zoetrope".

À part le distributeur d’histoires courtes, quelles ont été les étapes-clés depuis le lancement ?

IP : Depuis un an, on se focalise sur l’international. Maintenant, on a une équipe export, qui était notamment à la conférence bi-annuelle de TED à Vancouver. On était la seule start-up non américaine invitée, et on a installé quatre bornes pour les présenter au public.

Quel est votre business model ?

IP : Il repose entièrement sur nos distributeurs. Concrètement, soit vous achetez la machine et vous payez ensuite un service mensuel, soit vous payez un loyer un peu plus élevé avec un engagement sur un an, deux ans, trois ans…

Êtes-vous rentable actuellement ?

IP : Pas tout à fait, on se rapproche.

Comment voyez-vous l’avenir de Short Edition ?

IP : À court terme, on veut accélérer en France, notamment avec de grands acteurs comme La Poste, l’Éducation nationale, la SNCF... Et puis on doit commencer à se développer à l’international. Notre objectif est d’installer 7 000 à 10 000 distributeurs dans le monde d’ici cinq ans, dont 60% du parc à l’étranger.


Envie d'écrire des histoires courtes pour Short Edition ? C'est par ici !  

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

Vous aimerez aussi
Service volontaire européen, mode d'emploi

Le service volontaire européen (SVE) a été créé en 2014 avec le programme Erasmus+. Il permet aux jeunes...

Entreprendre
Qu'est-ce que le Service Civique ?

Créé en 2010, le Service Civique a pour ambition d’offrir aux jeunes l’opportunité de donner de leur temps...

Bayes Impact : les algorithmes au service des citoyens

À 19 ans, Paul Duan a décroché un job en or dans la Silicon Valley. Mais il a vite renoncé à l'argent pour...

Idée reçue : "Start-up rime forcément avec nouvelle technologie"

Les start-up ont bouleversé le paysage économique mondial. Elles sont sur toutes les lèvres, mais restent mystérieuses...

Trouvez l'info que vous cherchez