Panafrica : des baskets colorées et engagées

Panafrica : des baskets colorées et engagées

Fondée en 2015 par Vulfran de Richoufftz et Hugues Didier, deux amis qui se sont rencontrés sur les bancs de la Sorbonne, la marque de baskets Panafrica connaît une croissance fulgurante. La recette de son succès ? Un projet réfléchi accordant autant de place à l’humain qu’au style. Nous avons rencontré Vulfran de Richoufftz pour qu’il nous dévoile les coulisses de cette aventure.

Comment vous est venue l’idée de créer une marque de baskets ?

Vulfran de Richoufftz : Avant de monter Panafrica, mon associé Hugues travaillait en Côte d’Ivoire, un pays où le tissu wax est partout. Un été, il en a rapporté quelques morceaux. Ça nous a inspiré et on s’est dit qu’on pourrait en faire quelque chose. Comme on est issus d’une génération qui porte des baskets tous les jours, que ce soit au boulot, en week-end ou en vacances, on a décidé de partir là-dessus. En plus, on savait que le wax était tendance, mais on a remarqué que personne n’avait eu l’idée de l’utiliser pour fabriquer des sneakers. On a donc vite trouvé notre créneau avec des chaussures colorées, optimistes, qui sortent de l’ordinaire.

Pourquoi avez-vous décidé d’intégrer une dimension éthique à votre projet ?

VDR : Avant Panafrica, on travaillait tous les deux dans des grosses boîtes et on avait envie de donner plus de sens à ce qu’on faisait. On voulait suivre une logique plus altruiste, plus responsable et partir sur quelque chose de plus réfléchi que de simplement dessiner une paire de baskets et de la faire produire en Chine. On a donc décidé de remonter toute la chaîne de production pour être au contact direct des producteurs, de nos partenaires. Cela nous a permis de créer un système plus vertueux, tout en offrant à nos clients une bonne traçabilité du produit, une vraie transparence sur nos méthodes de conception.

À la fois stylé, original et authentique, le tissu wax permet à Panafrica de se distinguer dans la masse des marques de baskets.
À la fois stylé, original et authentique, le tissu wax permet à Panafrica de se distinguer dans la masse des marques de baskets.

Panafrica a aussi une dimension sociale, responsable, solidaire…

VDR : Oui, on a voulu créer une marque dont on pouvait être fiers. Dès le début, on a cherché à replacer l’humain au cœur du projet, ce qui est plutôt rare dans l’univers de la mode. On a donc réfléchi à un concept cohérent et global.

Pour l’achat des matières premières, on se fournit directement auprès de petits producteurs. Le coton vient d’une coopérative du Burkina Faso qui s’appelle AfrikaTiss. Pour le tissu wax, on a fait appel à la dernière usine présente en Afrique de l’Ouest, Uniwax qui se trouve à Abidjan. Nos doublures en coton sont achetées à Bouaké, en Côte d’Ivoire, auprès d’une petite usine qu’on soutient parce qu’elle est en difficulté financière.

Au niveau de la production, on travaille avec une usine familiale située près de Casablanca, au Maroc. On a signé avec elle une charte éthique qui nous permet de garantir à nos clients que les gens qui produisent les chaussures sont payés au-delà du salaire minimum marocain, qu’ils bénéficient d’heures supplémentaires encadrées (deux heures maximum par semaine), d’un jour de congé minimum par semaine, de congés payés, d’une couverture santé et tout simplement d’un contrat.

Enfin, nous voulions impliquer nos clients dans cette éthique de marque. On a donc choisi de reverser 10% de nos bénéfices pour chaque paire achetée afin de soutenir des actions en faveur de l’éducation et la formation professionnelle en Afrique. Nous sommes notamment partenaires de la Serge Betsen Academy, qui construit des centres scolaires au Cameroun, fournit des équipements aux écoliers…

Dans le cadre de sa collaboration avec Afrika Tiss, Panafrica utilise du coton tissé artisanalement par des femmes formées au tissage et à la teinture écologique. L'objectif étant d'aider ces dernières à devenir autonomes par l'apprentissage d'un métier.
Dans le cadre de sa collaboration avec Afrika Tiss, Panafrica utilise du coton tissé artisanalement par des femmes formées au tissage et à la teinture écologique. L'objectif étant d'aider ces dernières à devenir autonomes par l'apprentissage d'un métier.

Quels obstacles avez-vous dû surmonter pour créer ce projet ambitieux ?

VDR : Le premier, c’est le manque d’expérience, qui fait que les gens ont du mal à te faire confiance, à te considérer comme un professionnel du secteur, que ce soit les banques, les gens qui t'accompagnent dans la création du produit, ou même ton entourage. C’est une étape assez difficile, mais il ne faut pas se décourager parce qu’on finit toujours par trouver des solutions.

Le deuxième obstacle, c’est le manque d’argent. Il faut des fonds pour démarrer la production, surtout qu’on s’est compliqué la tâche avec nos voyages en Afrique. On a donc réfléchi et on a fini par se tourner vers le financement participatif. Cela nous permettait de toucher des gens, de prévendre des paires de chaussures et donc de toucher l’argent avant de démarrer la production. Ce n’est pas un hasard si ce type de lancement est privilégié par beaucoup de jeunes marques de nos jours. Il y en a même qui font du crowdfunding leur business model. 

Hugues en voit de toutes les couleurs dans l'usine Uniwax d'Abidjan.
Hugues en voit de toutes les couleurs dans l'usine Uniwax d'Abidjan.

Pourriez-vous me donner une photographie de Panafrica à l’heure actuelle ?

VDR : Nous sommes cinq salariés à temps plein en CDI et deux stagiaires. Normalement, d’ici janvier prochain, on devrait être une dizaine dans l’équipe parce qu’on cherche à embaucher un styliste, un commercial… À date, au total, nous avons vendu 50 000 paires de chaussures environ. On va faire un million d’euros de chiffre d’affaires (CA) cette année, avec une croissance qui dépasse les 100% par an depuis le lancement. Nous sommes présents dans 300 points de vente en France et dans un quinzaine de pays dans le monde, donc on commence à avoir un réseau de distribution bien structuré. C’était une de nos volontés de départ d’être bien présent sur le marché en physique, même si on a une boutique en ligne. On considère que c’est important pour développer la notoriété de la marque.

Vulfran dans les locaux parisiens de la marque.
Vulfran dans les locaux parisiens de la marque.

"C’est notre dimension sociale qui nous a permis de nous développer aussi vite" - Vulfran de Richoufftz


Quel est votre business model ?

VDR : On fabrique les chaussures et on les revend sur deux canaux principaux : on fait environ 50% du CA en digital sur le web en B2C, et environ 50% en B2B avec la vente aux distributeurs, comme les Galeries Lafayette par exemple.

On a fait le choix d’un business model un peu particulier, parce que selon les modèles, on a un coût à la paire qui est 30, 40, voire 50% plus élevé qu’une paire de chaussures produite en Chine. Et pour les prix, on se situe entre 70 et 115 euros. On n’est pas beaucoup plus cher que la concurrence, donc nos marges sont plus réduites. Mais grâce à notre éthique de marque, on a un lien qui se crée plus facilement avec les clients. On les fidélise plus facilement, surtout que nous proposons des baskets originales, qui attirent l’œil. Du coup les gens achètent autant le projet que la belle paire de chaussures, et on dépense moins en communication. Je pense que c’est notre dimension sociale qui nous a permis de nous développer aussi vite, et c’est aussi ça qui fait qu’on a une histoire à raconter derrière la marque pour retenir l’attention des consommateurs.

Vous arrivez à être rentables ?

VDR : Oui, on a réussi à l’être dès la première année. Pas de beaucoup, on a dû gagner 6000 euros, mais c’est déjà pas mal. Et aujourd’hui on gagne plus d’argent qu’on réinvestit dans l’entreprise en structurant les choses, en montant de nouveaux partenariats, en créant de nouveaux modèles.

Panafrica est la preuve qu'on peut faire du profit tout en aidant les plus démunis à sortir de la misère.
Panafrica est la preuve qu'on peut faire du profit tout en aidant les plus démunis à sortir de la misère.

Comment voyez-vous l’avenir de Panafrica ?

VDR : Vu notre croissance fulgurante, à court terme, on aimerait se poser un peu pour prendre le temps de structurer la société, de renforcer nos relations avec nos partenaires, de bien former nos collaborateurs. On a besoin de ça pour savoir où on ira dans les prochaines années.

À plus long terme, on a une ambition, c’est de conquérir le monde. Je ne vais pas vous le cacher. Avec un produit simple que tout le monde peut porter, avec une démarche qui parle aux gens, avec des baskets qui sentent l’optimisme, on veut devenir une marque de référence dans notre domaine. Mais pour ça, il va falloir beaucoup de boulot. On est en train de prendre des contacts, de nouer des relations pour de la vente, pour trouver des choses un peu innovantes. Par exemple, on va avoir une personne qui sera chargée de préparer l’arrivée de Panafrica sur les marchés africains, parce qu’on voit qu’on a une forte demande sur le continent, notamment en Afrique de l’Ouest, francophone, mais il va falloir qu’on définisse une stratégie. On ne va pas pouvoir vendre nos baskets aux Galeries Lafayette comme en France. On considère qu’aujourd’hui on est encore au début de l’aventure Panafrica et qu’on a encore beaucoup de choses à faire par rapport à ce qu’on propose aujourd’hui. Pour nous, l’enjeu principal est de rester fidèle à notre projet, à notre éthique, tout en augmentant la production pour poursuivre notre croissance.

À l'image de Veja, Panafrica est bien décidée à conquérir le monde !
À l'image de Veja, Panafrica est bien décidée à conquérir le monde !

Pour plus d'informations à propos de Panafrica, c'est par ici !

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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