Lunii : la petite boite qui stimule l'imaginaire des enfants

Lunii : la petite boite qui stimule l'imaginaire des enfants

Créée en juin 2014, Lunii s’est très vite imposée au rayon des jeux pour enfants. Comment ? Grâce à Ma Fabrique à Histoires, un objet miracle éloignant les enfants des écrans pour mieux stimuler leur imagination. Éric Le Bot, CTO de la société, nous dévoile les coulisses de cette belle réussite.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette entreprise ?

Éric le Bot : Au départ, je connaissais Maëlle (Chassard, CEO) et Igor (Krinbarg, COO), qui sont des amis de longue date. À l’époque, je commençais tout juste à travailler et eux étaient en fin d’études. On se voyait assez souvent et un jour, alors qu’on était dans le métro avec Igor, on s’est dit qu’il fallait qu’on monte une société. On voulait faire quelque chose qui aie de l’importance, qui change le quotidien des gens dans le bon sens. Le soir-même, on a retrouvé Maëlle, et juste après nous avoir fait la bise, elle nous a lancé : "Les gars, est-ce qu’on monterait pas une boîte ?" C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à réfléchir à un concept.

Comment avez-vous eu l’idée de Ma Fabrique à Histoires ?

ELB : Pendant un an, on se voyait une fois par semaine pour brainstormer. Maëlle, qui était encore en école de design, avait cette idée de Ma Fabrique à Histoires pour son projet de fin d’études. Son directeur, qui a tout de suite cru en son potentiel, nous a donc recommandé de présenter le projet pour une subvention de la région Ile-de-France. C’est comme ça qu’on a pu concevoir nos premiers prototypes.

Comment les avez-vous fabriqués ?

ELB : Il y avait tellement de travail que Thomas, le frère d’Igor nous a rejoint. Ensemble, on a passé un an en mode bidouillage, dans son salon, à faire des prototypes. À l’époque, je dormais sur son canapé. Au début, c’était très artisanal. D’ailleurs, le premier prototype était en bois. Pour le son, on avait démonté des enceintes d’ordinateur. La batterie, elle, venait d’une voiture télécommandée. Au bout d’un an de travail, on a présenté notre produit au festival Futur en Seine en juin 2014. Et ça a tellement plu qu’on a gagné le Prix du public. C’est là qu’on s’est dit qu’on allait créer la société Lunii.

Pourriez-vous me rappeler le concept de Ma Fabrique à Histoires ?

ELB : C’est un objet en plastique qui ressemble à un vieux transistor. Il n’a pas d’écran visible, car il est caché derrière la façade, mais il se commande très facilement grâce à son interface intuitive. Comme son nom l'indique, il permet de fabriquer des histoires. L’enfant est guidé pour choisir le héros de son récit, ainsi qu’un univers (le château, la forêt, la mer, la maison…). Ensuite, en fonction de ses choix, il va avoir accès à des personnages secondaires différents, qui mènent chacun à un objet. Une fois ces quatre paramètres choisis, ça donne une histoire.

Que trouve-t-on sur le Luniistore ?

ELB : Quand on achète Ma Fabrique à Histoire, elle contient les histoires de Suzanne et Gaston, qui peuvent donner lieu à 48 scénarios différents. Mais on peut accéder à d’autres contenus en se connectant au Luniistore via un câble USB. C’est une bibliothèque numérique qui fonctionne un peu comme iTunes. On y trouve de nouveaux thèmes avec des pirates, des histoires dans l’espace… Aujourd’hui, nous proposons 75 packs différents.

Comment élaborez-vous toutes ces histoires ?

ELB : Lunii a tellement pris d’ampleur qu’on a décidé de créer notre maison d’édition. On engage des auteurs qui nous écrivent des histoires, puis on les fait enregistrer en studio avec des voix professionnelles. On rajoute ensuite quelques bruitages pour une meilleure immersion dans le récit. Tout ça nous permet d’avoir notre ligne éditoriale propre. Mais nous faisons également des partenariats pour élargir notre offre.

Quels besoins vouliez-vous combler en créant Lunii ?

ELB : L’objectif n’était pas de remplacer les parents, mais de désintéresser les enfants des tablettes, de la télé, de l’ordinateur... On voulait qu’ils développent leur imaginaire au lieu de rester scotchés devant des écrans. L’idée n’était pas non plus de laisser les enfants s'amuser dans un coin. On est plutôt contents, car beaucoup de parents écoutent les histoires avec leurs enfants, participent avec eux au choix des personnages… Il y a ce côté découverte, ainsi qu’une interactivité qu’on cherche à développer : nous sommes en train de travailler sur la possibilité pour les parents d’enregistrer leurs propres histoires.

Comment comptez-vous mettre ça en place ?

ELB : On va faire créer une interface sur le Luniistore pour que tout le monde puisse enregistrer ses histoires. C’est une fonctionnalité qu’on essaie de sortir depuis très longtemps, mais sur laquelle on revient assez souvent parce qu’on n’est jamais pleinement satisfait.

Lunii stimule l'imagination des enfants... mais aussi celle de leurs parents !
Lunii stimule l'imagination des enfants... mais aussi celle de leurs parents !

Qui vous a soutenu depuis la création de Lunii ?

ELB : Nos proches principalement, c’est la base. Dans ma famille notamment, il y a pas mal d’entrepreneurs et de personnes proches du milieu des start-up qui nous ont épaulés. La région Île-de-France nous a donné un coup de main au tout début, en nous octroyant des subventions pour concevoir les prototypes de Ma Fabrique à Histoires. Ulule aussi, pour la campagne de crowdfunding qui nous a permis de nous lancer. Il y a également deux personnes qui sont au board de Lunii et qui nous ont beaucoup accompagné : Xavier Court, cofondateur de vente-privee.com, et Jacques-Aurélien Marcireau, qui travaille dans la finance. Au-delà de leurs fonctions, ils nous ont donné énormément de conseils à un moment critique qui est celui de la création de la société. Il ne faut pas oublier non plus notre communauté, très fidèle, sans laquelle on n'existerait pas aujourd'hui, ainsi que les collaborateurs de Lunii. Aujourd’hui nous sommes une grande famille d’environ 35 personnes.

Quels obstacles avez-vous rencontré au début ?

ELB : Ce qui est difficile quand on fabrique un produit physique, c’est le besoin en fonds de roulement. Notre production étant basée à Hong-Kong, il faut plusieurs mois entre le moment où l’on paie nos commandes et celui où l’on peut vendre nos produits à des distributeurs. Notre première production, c’était le grand saut dans l’inconnu, parce qu’on a investi tout ce qu’on avait et on n’a eu les recettes de tout ça que bien plus tard. C’est donc compliqué parfois, surtout qu’on essaie de vendre nos produits le moins cher possible. L’autre gros challenge au tout début, c’est que même si sur le papier on avait une bonne équipe, on n’y connaissait rien du tout. On ne savait pas comment vendre Ma Fabrique à Histoires, ni comment industrialiser notre production. On a vraiment tout appris sur le tas : la gestion de la boîte, le recrutement de nouveaux collaborateurs, comment faire les choses dans les règles…

Thomas, Éric, Igor et Maëlle (de gauche à droite) ont dû surmonter de nombreux obstacles pour faire décoller Lunii. Désormais, ils souhaitent conquérir le monde !
Thomas, Éric, Igor et Maëlle (de gauche à droite) ont dû surmonter de nombreux obstacles pour faire décoller Lunii. Désormais, ils souhaitent conquérir le monde !

Où êtes-vous implantés ?

ELB : Pour le moment, nous sommes confortablement installés en France, c’est notre premier marché. Nous sommes aussi implantés en Belgique, en Suisse, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et au Luxembourg. On a également créé une filiale aux États-Unis, qui s’appelle Lunii Corp, pour essayer de développer Ma Fabrique à Histoires outre-atlantique. Maëlle est partie s’installer là-bas il y a quelques mois. On va essayer de répliquer le succès de notre produit sur ce marché immense, qui est aussi le plus prometteur.

Comment voyez-vous l’avenir de Lunii ?

ELB : Nous levons actuellement des fonds, qui vont nous permettre de continuer à investir de nouveaux marchés. Nous sommes également en train de travailler sur une deuxième version de Ma Fabrique à Histoires. Notre objectif étant d’avoir un produit propre et éco-responsable qui soit fabriqué en Europe. Le Luniistore va lui aussi subir une refonte complète avec plus de fonctionnalités, plus d’interactivité. Et puis en ce moment on lance notre casque, Octave, qui est adapté à la morphologie des enfants. Les premières livraisons sont prévues pour la fin septembre. Enfin, dans un avenir plus lointain, on n’exclue pas de sortir un nouveau produit. Si l’un de nous, dans un éclair de génie, imagine quelque chose de magnifique, on ne va pas se priver de lui donner vie.

Comptez-vous élargir votre cible ?

ELB : C’est dans les tiroirs mentaux de Maëlle. Déjà, dans une idée d’éco-responsabilité, on pense à étendre la vie de Ma Fabrique à Histoires au-delà de huit ans. On pourrait notamment s’adresser aux pré-adolescents en proposant des contenus adaptés, ou en lançant un nouveau produit adapté à des enfants plus âgés. Nous réfléchissons aussi à utiliser Ma Fabrique à Histoires pour des personnes âgées. C’est simple d’utilisation, il y a des gros boutons et il y a beaucoup d’audio, donc on pourrait très bien réfléchir à des contenus qui pourraient plaire aux seniors.

Ma Fabrique à Histoires, ce n’est donc qu’un début...

ELB : C’est la première pierre à l’édifice. On n’a pas pour objectif de se faire racheter par une grosse boîte, on veut vraiment créer une société qui va durer dans le temps et qui va impacter les esprits.

Envie de travailler pour Lunii ? Contactez-les ! 

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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