HelloAsso met le numérique au service des associations

HelloAsso met le numérique au service des associations

Basée à Bordeaux, HelloAsso est une plate-forme gratuite de paiement en ligne conçue pour les associations. Charlie Tronche, directeur communication et partenariats de la société, est revenu avec nous sur ce beau pari entrepreneurial.

Comment a démarré l’aventure HelloAsso ?

Charlie Tronche : HelloAsso a été fondée en novembre 2009 par deux jeunes, Léa Thomassin et Ismaël Le Mouël. Au départ, ça s’appelait Mailforgood, et l’objectif était simplement de mettre en valeur des associations avec un mécanisme de signature solidaire. Les internautes pouvaient incorporer des bannières publicitaires ou des logos dans leur signature de mail afin de les mettre en avant. Mais très vite, ces associations ont demandé plus à l’équipe, car elles avaient surtout besoin d’argent. 

Vous avez donc décidé de changer de cap ?

CT : Oui, c’est là qu’est née l’idée de bâtir un outil de paiement. Au départ, cela ne concernait que les dons, mais nous nous sommes vite aperçus que notre outil était détourné pour recevoir les cotisations des adhérents, pour faire du financement participatif ou encore pour gérer des billetteries en ligne pour des événements. Nous avons donc créé des outils propres à chacun de ces usages, pour coller aux besoins des assos. Et en 2013, comme nous faisions de moins en moins de mails et de plus en plus de paiements, Mailforgood a laissé sa place à HelloAsso.

Concrètement, quels services proposez-vous aujourd’hui ?

CT : HelloAsso est une plate-forme de paiement en ligne au service des assos. Elle leur permet de gérer la collecte de dons, les cotisations des adhérents, les campagnes de financement participatif, les billetteries en ligne pour les événements, et cela que les places soient gratuites ou payantes. Notre force est de proposer une seule et même plate-forme pour gérer tous les types de transactions.

Ismaël Le Mouël, Charlie Tronche et Léa Thomassin (de gauche à droite) lors de la Social Good Week 2018.
Ismaël Le Mouël, Charlie Tronche et Léa Thomassin (de gauche à droite) lors de la Social Good Week 2018.

Quelles ont été les étapes-clés du développement de HelloAsso ?

CT : Il y en a deux. La première, c’est le moment où nous nous sommes vraiment positionnés sur le segment paiement, plutôt que sur le segment communication. La deuxième, c’est lorsque l'on a commencé à développer des offres d’accompagnement et de formation avec des équipes dédiées. C’était en 2016, après s'être aperçus que le monde associatif accusait encore un certain retard en matière de numérique. C’était bien beau de créer des outils pour faciliter la vie des associations, mais encore fallait-il que nous leur apprenions à s’en servir.

Vous avez récemment levé six millions d’euros, à quoi va servir cet argent ?

CT : Il va d’abord nous servir à étoffer notre gamme d’outils de paiement pour répondre aux différents besoins des assos. Ensuite, nous voulons nous rapprocher d'elles sur les territoires. Pour cela, nous voudrions structurer un réseau de coordinateurs HelloAsso, répartis dans toute la France. Ils pourront ainsi mener des missions d’accompagnement, de coopération, de formation pour les tissus associatifs locaux afin qu’ils appréhendent mieux le numérique, ses enjeux, les outils existants…

HelloAsso est installée dans l' Ecosystème Darwin, une ancienne caserne militaire reconvertie en quartier alternatif. Elle y fait travailler un peu plus de 40 personnes.
HelloAsso est installée dans l' Ecosystème Darwin, une ancienne caserne militaire reconvertie en quartier alternatif. Elle y fait travailler un peu plus de 40 personnes.

Quels obstacles avez-vous dû surmonter pour en arriver là ?

CT : Les obstacles propres à la plupart des start-up, à commencer par les éventuels problèmes de trésorerie. De plus, nous sommes sur un modèle gratuit, et notre fonctionnement n’est assuré que par des pourboires, c’était donc un vrai pari au départ. Mais malgré les risques, nous étions convaincus que ça allait marcher. Et aujourd’hui, l’expérience nous donne raison.

Quels soutiens avez-vous reçu depuis le lancement de HelloAsso ?

CT : Le soutien de La France s’engage a été très important. Aujourd’hui, c’est une Fondation, mais quand ça a été créé sous François Hollande, c’était une sorte d’appel à projets pour les initiatives mêlant innovation sociale et technologique. Comme nous étions en plein dedans, nous avons fait partie des premiers lauréats. Le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports a également beaucoup appuyé nos actions d’accompagnement et de formation. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais ce n’est plus le même ministère, c’est l’Éducation nationale. Il ne faut pas oublier non plus le soutien des gros réseaux associatifs. Comme nous ne faisons pas de pub, notre modèle repose beaucoup sur le bouche-à-oreille. Et enfin, il y a la participation de toutes les personnes qui ont déjà laissé un pourboire. Ce sont elles qui font vivre HelloAsso.

Comment avez-vous eu l’intuition de proposer des services gratuits, en misant sur la générosité des gens ?

CT : Il y a deux origines. La première vient d’une expérience vécue par Ismaël Le Mouël, président et cofondateur d'HelloAsso. Pendant ses études, il a réalisé un stage de cinq mois auprès du délégué général du Mouvement national des entreprises autogérées en Argentine. C’était après la crise du peso de 2001, et de nombreuses sociétés avaient été reprises par les salariés sous la forme de coopératives. C’était géré de manière très participative, avec une forme d’économie collaborative. Cette expérience a participé à forger l’idée d'HelloAsso. Ensuite, le système de pourboires s’inspire d’un modèle assez populaire dans les pays anglo-saxons, le "pay as you want" (« payez ce que vous voulez » en VF). En réalité, c’est un peu de la communication de dire que nos services sont gratuits. En pratique, le prix est libre : ce sont les utilisateurs qui décident de la valeur des services rendus par HelloAsso.

Ce prix libre, c’est votre unique moyen de rémunération ?

CT : Oui, tout notre fonctionnement repose sur les pourboires, sachant que ce ne sont jamais les assos qui paient mais leurs adhérents. Ce modèle économique est un pari parce qu’il passe par le soutien des gens. Mais ça marche ! 60% des utilisateurs nous laissent un pourboire, ce qui nous permet d’être rentables aujourd’hui. 

Combien d’associations vous font actuellement confiance ?

CT : Nous devons être proches des 46 000 associations, avec une belle croissance. Entre 1500 et 2000 nouvelles assos nous rejoignent chaque mois.

Quel futur envisagez-vous pour HelloAsso ?

CT : Nous souhaitons qu’à l’avenir, tous les paiements privés soient digitalisés. Nous aimerions alors étoffer notre gamme d’outils pour pouvoir le faire gratuitement. Nous sommes également en train de lancer une appli mobile, qui est déjà disponible sur Android en version bêta, et dont la version iOS devrait bientôt arriver. Dans un premier temps, elle permettra de scanner les billets pour des événements organisés par les assos. Mais à terme, nous voudrions que cet outil permettre de payer sans liquide ni carte bleue. Enfin, à très court terme, il faut que l'on recrute nos coordinateurs en région, qui seront chargés d’accompagner, de former les associations, de tisser des partenariats sur les sujets du numérique.

Quelle sera la clé du succès de tous ces projets ?

CT : Nous devons proposer le meilleur produit possible pour le monde associatif, et continuer à le faire avec les valeurs humaines qui sont les nôtres : de collectif, d’engagement, de militantisme, d’ouverture. Si nous y parvenons, nous mettrons toutes les chances de notre côté.

Envie de travailler chez HelloAsso ? C'est par ici !

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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