Halte au gaspillage alimentaire avec Too Good To Go !

Halte au gaspillage alimentaire avec Too Good To Go !

Centralienne, Lucie Basch a lancé Too Good To Go en France en juin 2016. Le principe de cette application ? Mettre en relation des commerçants de bouche avec les citoyens du quartier pour qu’ils récupèrent leurs invendus à petits prix. Rose Boursier-Wyler, chargée des relations presse de la société, nous raconte les coulisses de cette aventure.

Qu’est-ce qui a poussé Lucie Basch à lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Rose Boursier-Wyler : À sa sortie de Centrale, Lucie a commencé sa carrière dans l’industrie agroalimentaire, où elle s’est très vite rendue compte que produire mieux ne voulait pas forcément dire de gaspiller moins. Elle s’est dit qu’on marchait sur la tête et a donc décidé de quitter son boulot pour trouver une solution permettant de lutter contre le gaspillage alimentaire de manière concrète et effective.

Comment l’application Too Good To Go a-t-elle vu le jour ?

RBW : Quand elle a eu l’idée de créer Too Good To Go, Lucie était en Scandinavie. Au début, elle a commencé à coder l’application toute seule, mais c’était trop compliqué. Elle en a donc parlé à tout le monde autour d’elle et s’est vite rendue compte qu’elle n’était pas la seule concernée par cette cause. Ça l’a amenée à se rapprocher d’entrepreneurs danois et ils ont monté l’application ensemble, avec l’idée de proposer une solution permettant à chacun de lutter, à son échelle, contre le gaspillage alimentaire.

En 2016, avec le vote de la loi Garot obligeant les supermarchés de plus de 400 mètres carrés à signer une convention de don pour revaloriser leurs invendus, elle s’est dit que les choses bougeaient en France. Nous sommes le premier pays au monde à avoir légiféré sur cette question et l’opinion a changé sur le sujet. Ça a été un déclic : elle a décidé de rentrer au pays afin d’y lancer l’application.

Armée de son esprit cartésien et pragmatique, Lucie Basch est devenue en seulement deux ans une référence en termes de lutte contre le gaspillage alimentaire en France.
Armée de son esprit cartésien et pragmatique, Lucie Basch est devenue en seulement deux ans une référence en termes de lutte contre le gaspillage alimentaire en France.

En pratique, comment cela fonctionne pour les utilisateurs ?

RBW : Une fois l’application téléchargée, l’utilisateur est géolocalisé. Il peut donc voir autour de lui tous les commerçants partenaires et choisir celui qui lui correspond le mieux en fonction des produits proposés, des horaires de collecte… Ensuite, il commande son panier en ligne et vient le chercher à la fermeture de la boutique avec son reçu. Il s’agit de paniers surprises, donc il ne peut pas savoir à l’avance sur quoi il va tomber, mais il sait qu’il aura entre 10 et 12 euros de produits environ. Il n’y a pas d’échange d’argent avec le commerçant, ça se fait directement sur la plate-forme.

Il y a un prix fixe pour ces paniers surprises ?

RBW : Non. Tous les paniers du même commerce ont un prix fixe, mais de manière globale, ils sont vendus entre 2 et 4,50 euros sur l’application, pour des prix de base compris entre 10 et 15 euros. Ça représente 70% de réduction en moyenne.

Quelle cible visez-vous ?

RBW : Au début, on pensait qu’on intéresserait principalement les étudiants, parce qu’il y a des tout petits prix sur l’application, ce qui permet de manger pour trois fois rien. Mais on s’est vite rendu compte que ça touchait autant les étudiants que les mamans, les jeunes femmes actives, les seniors… Finalement, la cible, c’est absolument tout le monde. Il faut juste être équipé d’un smartphone ou d’une tablette pour pouvoir accéder à l’application.

Quelques clics suffisent à réserver un panier repas sur Too Good To Go !
Quelques clics suffisent à réserver un panier repas sur Too Good To Go !

Quelle a été la réaction des commerçants ?

RBW : Il y avait pas mal d’appréhension. Ils s’inquiétaient des petits prix et du type de clientèle que ça allait attirer. Ils avaient également peur que les gens ne passent plus que par ce biais pour payer moins cher. Pour les convaincre, on leur propose un test de quelques semaines et cela suffit à balayer leurs craintes. On devait aussi les éduquer pour leur montrer que Too Good To Go ne dégradait pas leur image de marque. Au contraire, ça ne fait que l’améliorer !

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile, car nous avons gagné en notoriété. On peut dire aux commerçants qu’on travaille avec des noms célèbres qui partagent notre combat, comme Thierry Marx ou Vincent Guerlais, ce qui les pousse à passer le pas plus facilement.

Avez-vous rencontré d’autres obstacles depuis la création de la société ?

RBW : Pas vraiment. Notre business model nous permet de nous rémunérer sur chaque panier vendu, donc on n’a jamais dépendu de subventions de l’État, de donations ou de levées de fonds. Et comme le gaspillage alimentaire est un combat qui implique tout le monde, c’est un projet qui roule. Notre activité se nourrit d’elle-même.

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre business model ?

RBW : Nous touchons une commission fixe de 25% par panier vendu. Nous faisons également payer aux commerçants des frais administratifs, qui s’élèvent à 39 euros par an et qui nous servent à développer l’application.

Pour résumer, tous les trois mois on transfère aux commerçants la somme qu’on leur doit, après avoir déduit notre commission. Et une fois par an, on prélève 39 euros. L’avantage, c’est que le commerçant n’a jamais à sortir d’argent, tout est automatique. Et puis c’est que du bonus comparé à des pertes sèches.

Quels sont les chiffres clés de Too Good To Go à l’heure actuelle ?

RBW : À la fin de l’année 2017, on était à 500 000 repas sauvés et là on en est déjà à deux millions ! L’application a été téléchargée par 1,5 million de personnes, qui peuvent faire leur choix parmi 4500 commerçants partenaires sur tout le territoire français. L’entreprise compte 35 salariés et nous sommes implantés dans huit pays au total : la France, mais aussi le Royaume-Uni, la Belgique, l'Allemagne, la Norvège, la Suisse, le Danemark et les Pays-Bas. Et en septembre, on se lance en Espagne.

Comment voyez-vous l’avenir de Too Good To Go ?

RBW : Ça va être énorme ! On se rend compte que le projet marche très bien dans tous les pays dans lesquels on se lance. L’idée, c’est que comme le gaspillage alimentaire n’a pas de frontières, on ne va pas en avoir non plus. Je ne veux pas trop m’avancer, mais a priori, dans les années qui viennent, on devrait être présent partout dans le monde.

On ne se considère plus comme une simple application, nous sommes une vraie communauté engagée dans la lutte contre le gaspillage. Cela va nous aider à avoir un impact sur l’aspect législatif, ainsi qu’auprès des industriels pour faire changer les choses plus rapidement.

Pour commencer à concrétiser ces ambitions, nous venons de lancer une campagne de sensibilisation sur les dates de péremption. Le fait que les gens ne fassent pas la différence entre DLC ("à consommer jusqu’au…") et DMM ("à consommer de préférence avant le…"), c’est responsable de 20% du gaspillage alimentaire dans les foyers. On a déjà rencontré plein de parlementaires, de personnalités politiques qui sont à fond derrière nous, et des industriels qui veulent collaborer sur ce sujet. C’est motivant !

"On n’est pas juste un outil, une application, mais un vrai mouvement" - Rose Boursier-Wyler

Cette campagne, elle va se matérialiser comment ?

RBW : En septembre, par des contenus rigolos sur les DLC et DMM postés sur les réseaux sociaux. Après, il y aura une pétition, avec un appel à la mobilisation, puis une table ronde avec des experts sur ces sujets-là. Enfin nous allons proposer un livre blanc au gouvernement. Tout cela va s’étaler jusqu'en décembre. Ça va être le point de départ de notre politique publique en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire : on n’est pas juste un outil, une application, mais un vrai mouvement, un acteur reconnu de ce combat, un référent.

Envie de travailler pour Too Good To Go ? C'est par ici !

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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