Empow'Her conjugue l'entrepreneuriat au féminin

Empow'Her conjugue l'entrepreneuriat au féminin

Empow’Her est une association qui a été créée en 2013 par Soazig Barthélemy. Elle œuvre en France et à l’international pour soutenir les femmes entrepreneures. Retour avec elle sur cette aventure, qui lui a valu d'être distinguée par le magazine Forbes.

Comment l’association Empow’Her a-t-elle vu le jour ?

Soazig Bathélemy : J’ai découvert ce qu’était l’entrepreneuriat à l’ESCP Europe, où j’ai obtenu mon Master. Suite à un projet étudiant qui manquait un peu d’action, j’ai décidé de monter ce qui allait devenir Empow’Her. Il s’agissait d’une étude sur le terrain dans trois pays d’Afrique, en Amérique Latine et en Asie pour aller à la rencontre des femmes entrepreneures et comprendre leurs réalités, leurs défis.

"J’avais envie de donner plus de sens à ma vie professionnelle." - Soazig Barthélemy

À quel moment avez-vous décidé de vous consacrer à temps plein au développement de l’organisation ?

SB : J’ai effectué l’étude avec un groupe d’amis en 2012, et Empow’Her est née en 2013. Après mon Master, j’ai travaillé pendant deux ans dans une banque d’investissement. Mais en 2015, j’ai eu un déclic. À l’époque, j’exerçais ces deux activités en parallèle, et j’ai vraiment ressenti le besoin de m’investir à 100% dans l’association. Pour que le projet décolle, il fallait que je m’implique pleinement. Et puis j’avais envie de donner plus de sens à ma vie professionnelle. C’est pour tout ça que je me suis lancée.

La transition entre le salariat et l’aventure entrepreneuriale n’a pas été trop difficile ?

SB : Au contraire ! Au début, il y avait encore beaucoup d’insouciance, de folie dans le projet. Et puis j’avais 26 ans, donc je ne risquais pas grand-chose. Je n’avais pas de contraintes familiales, et passer de 1 000 à zéro euro sur mon compte en banque n’était pas un énorme enjeu. Par contre, aujourd’hui, je ressens beaucoup plus de pression. On y croit tous et on a envie d’aller loin, donc on a quelque chose à perdre si on échoue.

 En 2017, les Jeunes Ambassadeurs d'  Empow  '  Her   ont investi le festival de musique SOLIDAYS.
En 2017, les Jeunes Ambassadeurs d' Empow ' Her ont investi le festival de musique SOLIDAYS.

" Il y a toujours des problèmes et son rôle principal est de les résoudre." - Soazig Barthélemy

En tant que fondatrice, quel est votre rôle dans l’association ?

SB : C’est une question très intéressante, car il évolue constamment au fil du développement de l’association. Ma mission principale est de m’assurer qu’on soit unis en termes de stratégie et d’opérations. J’essaie de faire en sorte que la direction qu’on souhaite donner à Empow'Her, les projets qu’on veut mener, et l’impact que l’on souhaite avoir se traduisent en opérations et en mises en œuvres sur le terrain. Actuellement, je passe une bonne partie de mon temps à manager la partie "international", en assurant la coordination avec les directeurs et directrices basés à l’étranger. Mais je gère aussi les ressources humaines, je vais chercher des financements auprès de partenaires, je travaille sur l’évolution de notre business model… Je fais tout pour qu’on reste serein sur le plan financier.

Avez-vous rencontré des obstacles au développement d’Empow'Her ?

SB : Bien sûr… surtout depuis que l’association a une structure professionnelle, avec des employés. Nos problématiques sont principalement financières. Plus on avance, plus il faut qu’on s’assure d’avoir les moyens nécessaires pour mener nos actions. Heureusement, on a la chance d’avoir des partenaires qui s’investissent dans l’association. Mais ça ne se fait pas sans un certain nombre d’échecs et de portes qui se ferment. C’est le lot hebdomadaire d’un entrepreneur. Il y a toujours des problèmes et son rôle principal est de les résoudre.

En janvier 2017, le magazine Forbes vous avait classé parmi les 30 entrepreneurs sociaux les plus influents d’Europe. Qu’est-ce que ça a changé pour l’association ?

SB : C’était très gratifiant, et je n’imaginais pas les retombées que ça allait avoir à l’époque. Cela a été une super vitrine. Une grande partie du succès de l’association, de notre visibilité, de notre réputation a quelque chose à voir avec cette distinction.

Quel est votre business model ?

SB : Toutes nos formations sont payantes. Cela peut paraître surprenant, car on s’adresse à une partie de la population qui est généralement très précaire. Mais on trouve ça plus valorisant pour les femmes de contribuer financièrement, même si ce sont des tarifs extrêmement faibles. C’est ça notre modèle, notre philosophie. On veut que les formations restent largement accessibles à toutes les femmes, mais on souhaite aussi les mettre dans une position de choix, d’empowerment. On veut qu’elles se lancent elles-mêmes dans une formation parce qu’elles sont convaincues que ça va les aider. Et puis comme ça, elles peuvent aussi être plus exigeantes sur la qualité.

Quelles sont vos autres sources de financement ?

SB : Pour le moment, les formations représentent peut-être 0,001% de nos revenus. Nous avons donc d’autres activités, comme la commercialisation d’espaces de travail collaboratifs qui permet de ramener des fonds à la partie associative. Mais aujourd’hui, 99% de nos revenus proviennent de nos partenariats et du mécénat. On a à peu près un tiers de fonds public, que l’on peut uniquement utiliser pour nos programmes en France. Le reste provient de partenaires privés.

Comment trouvez-vous ces partenaires ?

SB : On va les chercher ! C’est une démarche active auprès de fondations d’entreprises, de sociétés qui veulent partager nos valeurs via le sponsoring. On profite aussi de ce que j’appelle le cercle vertueux de la croissance d’une start-up associative : plus on est connu, plus on attire de partenaires et plus on en intéresse d’autres. Et puis actuellement, le contexte nous est favorable. Les sujets des droits des femmes, de la parité et de l’accès aux mêmes opportunités occupent une grande partie de l’attention médiatique. Du coup, ça oblige un certain d’instances privées, et donc d’entreprises, à se positionner de manière forte en faveur des femmes. Le girl power est à la mode !

Quels sont vos objectifs à court, moyen et plus long terme ?

SB : On vient de boucler notre plan de développement à trois ans, jusqu’en 2020. L’objectif va être d’avoir à ce moment-là un réseau d’une dizaine de hubs Empow’Her qui contribueront à l’entrepreneuriat des femmes. On commencera alors à avoir une certaine taille critique, donc on va pouvoir créer plein de choses entre les pays. On compte se développer encore plus en Afrique, où nous avons déjà deux bureaux (Niger et Côte d’Ivoire) et aussi en Asie, en Amérique Latine et en Europe. On s’est fixé un objectif ambitieux d’accompagner 30 000 femmes dans le monde d’ici trois ans.

Cicéli, bénéficiaire au Pérou, dans son magasin.
Cicéli, bénéficiaire au Pérou, dans son magasin.

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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