Avec Flaneurz, mettez la ville à vos pieds

Avec Flaneurz, mettez la ville à vos pieds

Fondée en décembre 2014, Flaneurz a développé un système unique permettant de clipser des baskets sur des patins à roulettes. Florian Gravier, l’initiateur de ce projet, nous dévoile les coulisses de cette belle aventure entrepreneuriale.

Comment a commencé l’histoire de Flaneurz ?

Florian Gravier : En France, dans les années 1980-1990, on avait la tradition de prendre des baskets et de les visser sur des châssis de patins à roulettes. Quand j’étais ado, on utilisait tous nos paires de chaussures préférées. Par la suite, j’ai pas mal voyagé, et quand j’étais aux États-Unis j’ai commencé à faire des montages pour des gens séduits par l’idée. Je gagnais un peu d’argent, mais je me suis dit qu’il fallait apporter une valeur ajoutée pour en faire un vrai business. Et mon idée, c’était de pouvoir clipser et déclipser ses chaussures pour leur redonner leur utilité première qui est la marche. Sans parler de la contrainte de devoir se trimballer en permanence une paire de chaussures dans son sac pour entrer dans les magasins ou prendre les transports.

Quelles étapes ont été nécessaires entre cette idée et la création de la marque ?

FG : Dans un premier temps, je suis parti travailler en Suisse pour mettre de l’argent de côté. J’étais maître d’hôtel dans les palaces genevois. Ensuite, il a fallu que je me forme un peu. J’ai donc suivi le programme CréaJeune auprès de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique). Tu viens avec ton projet, tu apprends ce qu’est une étude de marché, une offre, une cible, un compte de résultat, un plan de financement… et tu montes un premier business plan. Après ça, il fallait que je trouve des associés pour réaliser mon rêve de gamin.

Comment les avez-vous dénichés ?

FG : J’ai fait toutes les portes ouvertes d’écoles d’ingénieurs, de design, et j’ai découvert l’existence des junior entreprises. Ce sont des associations d’élèves qui proposent des prestations professionnelles dans leurs domaines de compétence. C’était très intéressant financièrement et ça me permettait de rester impliqué dans la conception. J’ai fini par trouver mon bonheur à l’école nationale supérieure d’arts et métiers. C’est là que j’ai rencontré l’un des mes futurs associés, Arnaud Darut-Giard. On a fait un cahier des charges ensemble, et on a créé le premier prototype. En parallèle, j’ai proposé à Walid Nouh de rejoindre le projet. C’est un prescripteur dans le monde du roller puisqu’il est webmaster du site de référence qui s’appelle rollerquad.net. Et le quatrième associé s’appelle David Brun, c’est un ami d’enfance qui a voulu participer financièrement.

Chez Flaneurz, les produits sont réalisés à la main. Et tout le monde participe à la production, même les cofondateurs comme ici Florian Gravier (à gauche) et Walid Nouh.
Chez Flaneurz, les produits sont réalisés à la main. Et tout le monde participe à la production, même les cofondateurs comme ici Florian Gravier (à gauche) et Walid Nouh.

"Se déplacer sans polluer tout en pratiquant une activité physique, c’est l’un des défis de la ville de demain" - Florian Gravier 

Pourrais tu me rappeler le concept de l’entreprise ?

FG : On veut participer à l’évolution de la mobilité urbaine, car se déplacer sans polluer tout en pratiquant une activité physique, c’est l’un des défis de la ville de demain. Notre premier produit, c’est l’interface mécanique créée par Arnaud, qui permet de fixer tout type de chaussures sur un châssis de patin à roulettes. C’est notre système breveté "On Wheelz", qui a fait de nous des experts en transformation de chaussures. Aujourd’hui on les fixe sur des patins à roulettes et demain les fixera sur d’autres supports sportifs. On vend des baskets déjà équipées, mais les gens peuvent aussi nous envoyer leur sneakers préférées pour qu’on les transforme.

Pourquoi avoir choisi de vous appeler Flaneurz ?

FG : On voulait un nom français, mais qui soit intelligible pour les anglophones, comme "savoir faire", "bon appétit"... En plus, "flâneur" renvoie l’image d’un citadin, souvent dandy, élégant, qui observe la ville, donc ça collait bien avec notre univers et nos premiers produits qui sont les rollers détachables. On lui a ajouté un "z" pour plusieurs raisons. D’abord pour le référencement, mais aussi pour le côté "street culture". C’est une référence à "riderz", "boyz", "girlz"… Enfin, le flâneur est une figure littéraire créée par Baudelaire, qui le décrivait comme un botaniste de l'asphalte. On trouvait l’image rigolote.

Florian et Arnaud se sont rencontrés via la junior entreprise de l'école nationale supérieur d'Arts et Métiers à Paris. Et depuis, ils ne sont plus quittés.
Florian et Arnaud se sont rencontrés via la junior entreprise de l'école nationale supérieur d'Arts et Métiers à Paris. Et depuis, ils ne sont plus quittés.

À part l’Adie, quels soutiens avez-vous reçu pour donner vie à Flaneurz ?

FG : J’ai fait une autre formation qui s’appelle "Startup Leadership", plus orientée sur les levées de fonds. On a aussi reçu le soutien de France Initiative, une structure qui fait des prêts d’honneur, ainsi que celui de la BPI, qui nous a octroyé une subvention et des prêts. Tout cet accompagnement nous a permis d’apprendre à faire des dossiers béton, ce qui nous a bien aidé ensuite pour obtenir des prêts auprès des banques.

Quels obstacles avez-vous rencontré ?

FG : Déjà, on est sur un produit innovant sans concurrent direct. On est les seuls dans le monde à transformer des chaussures existantes pour les rendre clipsables sur des châssis de patins à roulettes. C’est un atout, mais aussi un inconvénient parce que tu te dis qu’il n’y a pas de marché et tu ne peux pas t’inspirer de ce qui a déjà été fait. Au début, on a aussi eu du mal à convaincre les marques de sneakers de nous faire confiance. Et puis il y a le fait d’être basé à La Courneuve, en banlieue parisienne. Mais pour moi qui suis issu de Villiers-le-bel, un autre quartier qui souffre d’une mauvaise réputation, c’est l’un de nos points forts.

En quoi c’est positif d’être implanté dans un quartier sensible ?

FG : Au départ, les médias venaient nous voir pour ça. Il faut dire qu’il y a moins de concurrence à La Courneuve qu’à Paris au niveau des entreprises innovantes ! Au-delà de ça, en tant que jeune de banlieue, je trouvais intéressant d’y retourner et de créer de la valeur là-bas, de faire venir les journalistes pour autre chose que les faits divers. Après, il y a l’aspect financier bien sûr. Le mètre carré coûte beaucoup moins cher qu’à Paris, et c’était primordial car on a toute notre production en interne, avec un espace de stockage, l’atelier, les bureaux… On espère aussi bénéficier un jour du classement en ZFU, si on arrive à avoir plus de 50% de notre masse salariale issue de zones urbaines sensibles. Ça permettrait d’alléger nos charges sociales. Enfin, le fait d’être dans une pépinière d’entreprises était important à nos yeux, car ça permet un accompagnement, une mise à disposition d’experts, une émulation entre les sociétés…

Toute la production de Flaneurz est réalisée en interne. Basée dans la pépinière de La Courneuve, au nord de Paris, l'entreprise dispose donc dans ses locaux d'un atelier, d'un espace de stockage...
Toute la production de Flaneurz est réalisée en interne. Basée dans la pépinière de La Courneuve, au nord de Paris, l'entreprise dispose donc dans ses locaux d'un atelier, d'un espace de stockage...

Quel est votre business model ?

FG : Les revenus proviennent principalement des ventes qu’on fait sur notre site Internet, mais aussi des collaborations, comme celles avec Veja. On a aussi un domaine événementiel qui se développe, parce qu’on a organisé des "roller parties" pour promouvoir nos produits, des shows de "roller dance"… Et depuis, on reçoit des demandes d’entreprises pour monter des événements.

Êtes-vous rentable ?

FG : Non. On approche du point mort, mais ce n’est pas encore le cas. En étant sur un produit hardware, avec du stock et une chaîne de production, on est déjà fiers d’avoir passé le cap des trois ans sans avoir reçu d’investissements extérieurs. On progresse dans les ventes, en France mais aussi à l’international parce qu’on a des clients dans 39 pays. Mais on a 80% de nos ventes en France, donc si on arrive à reproduire ce qu’on a fait chez nous dans deux ou trois autres pays, on sera plus que rentable. C'est pour ça qu’on a lancé notre première levée de fonds.

Comment allez vous investir cet argent ?

FG : L’ambition c’est le déménagement. On aimerait avoir un lieu plus grand qui puisse accueillir des patineurs, des clubs de "roller derby", de danse… Ça va aussi nous permettre de financer la R&D pour développer des patins à moins de 200 euros, que nous allons commercialiser l’an prochain. On compte aussi sortir d’autres produits que des patins, toujours basés sur le système "On Wheelz", mais je ne peux pas en parler pour le moment car les brevets ne sont pas déposés. Le reste, ce sera pour financer notre développement à l’international.

Envie de travailler chez Flaneurz ? C'est par ici !  

Guillaume Huault-Dupuy

Journaliste

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